Animalia Paradoxa
Ah, je vois que vous êtes tombé sur le taxon Animalia
Paradoxia ! J’admets qu’il s’agit d’une étrange terminologie, d’autant que ce
terme nous vient du grand Carl von Linné, l’inventeur de la nomenclature
scientifique.
En effet, dans les cinq premières éditions de son Systema
naturae, le grand naturaliste consacre une section à ce taxon particulier,
qui regroupe des créatures trouvées dans les bestiaires médiévaux et des
animaux très exotiques rapportés par des explorateurs.
On y verra ainsi :
L'hydre, que l'on connait bien. Linné a eu l'occasion
d'en voir un "spécimen préservé" à Hambourg, de toute évidence un
canular taxidermique. Idem pour le dragon, qui fut exposé à Bologne.
Parmi les autres créatures imaginaires qu’il cite, on
retrouve dans Le Cabinet des Curiosités surnaturelles de Solaris 227 le
monocéros, l'agneau végétal et la bernacle. Linné ajoute des créatures bien
connue qu’il était inutile de décrire aux lecteurs de Solaris : le satyre,
le phénix, la manticore, la lamie et la sirène.
Il nomme aussi quatre animaux réels, mais considérés comme
très étrange : d’abord le pélican, auquel il attribue le comportement de
s’automutiler pour nourrir ses petits de son propre sang ; ensuite l’antilope
et l’automa mortis, qu’on nomme aujourd’hui la grosse vrillette, un
coléoptère émettant le bruit d’un tic-tac d’horloge — la légende affirme qu’il
égrène les dernières heures des mourants. Je me désole d’ailleurs d’avoir
oublié de décrire ce dernier dans mon article…
Finalement, on trouve dans ce taxon la rana-piscis :
il s'agit d'une grenouille qui poursuivrait sa métamorphose vers un stade de
poisson. Il s’agit d’observation d’une véritable grenouille, pseudis
paradoxa, dont le stade de têtard est beaucoup plus gros que le stade
adulte de grenouille. On croyait que les jeunes têtards étaient la forme
juvénile, la grenouille une forme adulte et le « poisson »,
c’est-à-dire le têtard sous sa plus énorme taille, un stade senior. Chez d’autres
auteurs, la grenouille pseudis paradoxa sera une forme immature de lepidosiren
paradoxa, un dipneuste ou poisson doté de poumon, capable de survivre sur
terre. Certains pseudo-naturalistes plus obscurs iront même jusqu'à prétendre
qu'à son tour, ce poisson peut devenir lézard...
L’œuvre de Linné contient quelques autres monstres dans d’autres section. Dans « Pisce » (« poissons »), Linné mettra aussi le poulpe géant en se basant sur divers témoignages de kraken.
Le concept d’Animalia Paradoxa est l’ancêtre des écologies
merveilleuses, telles que Les Animaux fantastiques de J.K. Rowling ou
les Bestiaires Monstrueux du jeu de rôles Donjons & Dragons, tout
spécialement ceux de sa seconde édition.



